Scarecrow, la fusion parfaite

This is Blues Hip-Hop : c’est le postulat de départ du groupe Scarecrow. Une fusion rare voire inédite : quatre gars de Toulouse l’ont fait.

Scarecrow

L’histoire part d’une rencontre en 2008, entre Antibiotik et Slim Paul : l’un manie les textes et les platines quand l’autre chante et joue le blues. Le groupe ne prend son nom qu’en 2012 et livre dès l’année suivante son premier album « Devil And Crossroads ». La référence à Robert Johnson paraît évidente et annonce la couleur, sans détour ni fioritures.

Du talent à l’état brut. Scarecrow apporte un nouveau vent de fraîcheur à un blues, bien qu’indémodable, moribond dans l’hexagone ces dernières années. Surreprésenté par une génération vieillissante bloquée dans le Chicago Blues des années 50-60, ne représentant finalement qu’une fine partie de l’iceberg, là où l’épouvantail préfère piocher dans toutes ses facettes et bien sûr celle qu’on a pas l’habitude d’entendre. Ajouter à tout ça la main habile d’Antibiotik sur le vinyle avec des textes rap qui tranchent et une section rythmique assurée par Jamo et le Pap’s, bien loin des shuffles classiques et vous obtenez une fusion qui fait mal.

Habitué de la Touraine (Terre du son en 2015, espace Jean Cocteau en mars 2016) l’épouvantail à fait un nouveau détour par chez nous cet été, à l’occasion des 10 ans du festival les Kampagn’Art à Saint Paterne Racan, pour la sortie du deuxième album : « The Last ». Rencontre avec Slim Paul et Antibiotik, les deux symboles marquant de la dualité permanente qui règne chez Scarecrow…



Alors pour commencer, pourquoi cette fusion ? En Hip-Hop on a plus l’habitude de voire des sonorités jazz, mais assez rarement blues alors qu’est-ce qui vous a amener à ça ?

Slim Paul : Je pense c’est déjà la rencontre, entre Antibiotik et moi, parce que je faisais déjà du blues en faite et lui faisait du hip-hop, mais effectivement t’as raison y’a déjà eu pas mal de fusion hip-hop jazz et rarement dans le blues. Là, la question ne s’est pas posée, on s’est rencontrés, on a buffé ensemble, on a partagé des choses, et on a eu envie d’essayer de composer, sans renier nos origines propres, tout simplement.

« On est pratiquement les seuls à faire ça même au delà de la France et du coup c’est plutôt cool ! »

On a beau chercher, en tous cas en France, difficile de trouver quelque chose qui ressemble à Scarecrow, vous êtes les seuls à donner dans le Blues Hip-Hop ?

Antibiotik : Bah même à l’étranger c’est assez difficile, y’a eu des tentatives de quelque groupe américain, mais ça a été par morceaux sans vraiment une volonté réel de fusionner les deux styles et de créer une sorte de mouvement, donc on peut dire que oui on est pratiquement les seuls à faire ça même au delà de la France et du coup c’est plutôt cool !

Vous êtes un peu des pionniers finalement ?

Antibiotik : Pionniers … ouais, enfin disons qu’on estime qu’il n’y a pas de limite, dans la musique et dans le mélange qu’on peut faire, quand c’est fait -je pense- dans le respect des différents styles.

Scarecrow signifie épouvantail en français, pourquoi ce nom ?

Slim Paul : Je crois qu’on avait le logo avant le nom du groupe en fait, et on avait l’envie d’avoir un visuel qui nous représente et pas forcément nos gueules sur les albums. Vu qu’on est quatre personnages à fort tempérament, c’était plutôt intéressant et malin de notre part de mettre tout ça dans un seul personnage. C’est un peu la vedette du groupe, qui nous représente tous les quatre. Et Scarecrow, ça claque un peu quand même comme nom !

Pourquoi l’épouvantail vient traîner souvent en Touraine ces derniers temps ? Ça vous plaît le coin pour venir jouer ?

Slim Paul : Parce que les gens nous programment ! Mais oui, on a de très bons souvenirs effectivement dans le coin, donc bien sûr qu’on revient.

« Ça a fait bien trois ans qu’on tourne à l’international, on a fait un travail de fond »

Depuis quelque temps, on vous voit beaucoup plus tourner en France et en dehors des frontières, je pense notamment à votre tournée au Texas et vos nombreuses dates en Europe. Est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu un tournant pour vous ces derniers temps, ou c’est vraiment un travail de fond ?

Slim Paul : Je pense que c’est plus une progression logique. Peut-être qu’en France on entend un peu plus parler de nous en ce moment, mais ça fait bien trois ans qu’on tourne à l’international, on a fait un travail de fond. Effectivement, cette année on a marqué le coup, on sort notre deuxième album, on a fait une super tournée au Texas, mais c’est uniquement beaucoup de travail, en tout cas c’est mon impression.

Est-ce qu’avec Scarecrow on ne voit pas un renouveau du Blues ? Je m’explique, le blues est indémodable, mais on en voit tout de même beaucoup moins maintenant en festival et les artistes qui représentent ce style sont assez âgés et ne parlent pas forcément à toute les générations. Est-ce que vous avez ce sentiment là ?

Slim Paul : Bah tu vois on parlait tout à l’heure de la fusion blues et Hip-hop qui a rarement été faite, le blues a été en revanche beaucoup utilisé dans l’électro et dans « l’entertainement » : je pense notamment à l’album qui défonce de Kid Koala qui s’appelle Twelve Bit Blues – je suis obligé de le placer celui-là si vous le connaissez pas il faut absolument aller écouter cet album – et après c’est vrais que dans le blues, en France en tout cas, on a fait quelques bons festivals de blues et à part deux-trois bonne surprise on a été assez déçu au final de voir que le blues est très limité années 50, 60. On est là pour donner un blues aux gens qu’ils demandent et connaissent déjà, moi ça c’est un peu le truc qui me pose problème, alors que le blues à pris tellement de visages entre les années 20 et les années 70 et que peu de gens, notamment en France ose aborder.

Du point de vue de la production, Scarecrow comment ça fonctionne ? Indépendant ou label ?

Antibiotik : On est en totale indépendance ! Là, tu vois on a finis une souscription sur cet album qui a très bien marché. Comme on disait tout à l’heure c’est vraiment un travail de fond et de longue haleine. On essaye nous-mêmes de se structurer, parce qu’on sait très bien qu’on n’est jamais mieux servi que par soi même. Aujourd’hui, dans le monde de la musique et de l’industrie musicale, il vaut mieux avoir plusieurs cordes à son arc pour pouvoir évoluer tel qu’on l’entend et pas devenir uniquement un produit qui va juste être du marketing pendant un an, va vite monter et s’essouffler. Nous on a envie vraiment de travailler sur la durée, sur le long terme. On a compris que c’était par l’indépendance la plus grande possible qu’on pourrait durer vraiment tranquillement et surtout faire la musique qu’on a envie de faire.

« On n’est pas un groupe qui passera à la télé sur des grosses chaînes, on le sait très bien, mais on se bat pas non plus pour ça, on est un groupe de live avant tout »

Maintenant que vous commencez à prendre une plus grande ampleur, est-ce que vous avez de la place dans les médias nationaux ?

Slim Paul : Euh…

Elle te fait pas plaisir ma question non ?

Slim Paul : Non non ! C’est un plaisir d’y répondre en tout cas, parce qu’effectivement, les gens et les jeunes groupes sont de moins en moins dupes. Ils se rendent très bien compte que sans une boite ou en tout cas des fonds assez élevés, c’est compliqué d’être visible. On a un outil qui s’appelle, internet, qui est presque épuisé, parce que beaucoup de gens s’en sont servi à tort et à travers pour sortir leurs trucs et il y a les grands médias qui sont très frileux et aussi très chers ! Nous on a la chance d’avoir un produit de qualité donc y’a des grands médias qui mordent et qui ne demandent pas forcément des sommes mirobolantes, mais c’est vrais que c’est compliqué. On n’est pas un groupe qui passera à la télé sur des grosses chaînes, on le sait très bien, mais on se bat pas non plus pour ça, on est un groupe de live avant tout, c’est comme ça qu’on a fait parler de nous et c’est plutôt une qualité, je pense.



En juin 2016 le groupe à sortie son nouvel album « The Last », petit extrait avec le titre « Shake It » enjoy !

Pour en savoir plus sur Scarecrow direction leur site internet.

2 commentaires

  1. One of the most exciting bands I have had the pleasure of seeing anytime .I am a 66yr old Englishman living in France and I have seen the band live about half a dozen times. Have a long, exciting and innovative career boys!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s