Davodka, un uppercut dans le rap indépendant [ITW]

Passé par Paris Pôle Nord Crew et Mentalités Sons Dangereux, c’est en solo que Davodka dévoile son plein potentiel avec un rap sombre et mélancolique.

Plutôt habitué du rap en crew, Davodka débarque en 2013 avec Un Poing C’est Tout, un album 12 titres enregistré à la maison qui pose les bases du bonhomme. Un flow rapide et une technique rodée, le tout au service de textes pertinents appuyés par des samples de qualités : un rap sombre et mélancolique qui tape là où ça fait mal.


La Der Des Der – Un Poing C’est Tout


Loin des studios, les productions de Davodka sont réalisées à la maison où il chapeaute tout de A à Z : ça sent l’artisanal et ça fait du bien. Le rappeur parisien est productif. Il enchaîne : l’Art Tisant (EP 7 titres) sort en 2014 et Mise au Poing, son deuxième album sort lui en 2015, avec toujours une bonne dose d’humour noir et d’autodérision, dans le titre comme dans les textes.

Atypique, la plume de Davodka délivre avec finesse des textes d’une froideur glaçante mais réaliste, pas avare en jeux de mots et en punchlines . Ce décalage permet de faire passer avec ironie, un message souvent très dur. La rage au ventre, Davodka débite ses textes avec la précision mathématique d’un sniper, toujours dans le ton. Le rappeur a des choses à dire et ça se ressent. Le tout est parfaitement appuyé par des samples de qualité, puisés à souhait dans la musique classique qui mettent en valeur les textes, font passer une réelle émotion et collent au message.


Amour, Gloire & Beauté (single)


Bien que cassant un peu les codes du genre, il serait intéressant de voir des instrumentistes mettre leur grain de sel sur les prods de Davodka, pour apporter la chaleur des instruments acoustiques et faire passer le rappeur dans une nouvelle dimension. On peut ainsi facilement s’imaginer la présence d’un pianiste ou d’un violoniste sur scène à ses côtés en plus de ses backeurs et de son DJ. Un tableau alléchant.
Avec un nouvel album en préparation qui devrait voir le jour fin 2017, le rappeur parisien s’installe de plus en plus sur la scène rap underground. Grâce à des gars comme Davodka, le rap indépendant a encore de belles heures devant lui.

On a eu la chance de pouvoir interviewer Davodka en juin dernier au festival Aucard de Tours avant qu’il ne monte sur scène et mette le feu dans un chapiteau blindé et largement acquis à sa cause. Rencontre.



Alors pour commencer, est-ce que tu peux nous raconter ton parcours avant de te lancer en solo ?

J’ai commencé avec le Paris Pôle Nord crew, on était trois MC. Après, en 2007/2008 on est rentré dans le crew Mentalité Son Dangereux : 9 MC, beatmakers auteurs et interprètes . Après, je suis parti en solo avec Un Poing c’est Tout. C’était ma première carte de visite, téléchargeable gratuitement sur le net, qui a fini par être pressée en CD.

Qu’est-ce qui t’a décidé à te lancer en solo ?

En fait je comptais arrêter le rap, j’avais plus l’envie de continuer. La dernière chanson de l’album s’appelle la der des der donc pour moi c’était une fin. Et puis le public m’a encouragé à continuer et mes potes aussi ! En tout cas, ça marque la fin d’une époque, la fin du crew MSD.

Du coup, tu as lancé un album en pensant que c’était une fin et ça t’a ouvert sur autre chose ?

Ouais ça m’a vraiment ouvert sur quelque chose d’autre ! Finalement, on dit qu’on arrête, mais on le fait jamais vraiment parce que ça reste une passion, ça nous colle à la peau.

Tu puises beaucoup dans la musique classique pour tes samples, tu peux nous en parler ?

Ouais beaucoup de sample classique, beaucoup de Chopin, de Vivaldi, de Bach, j’aime bien toutes ces couleurs un peu violon, piano. Je m’en suis un peu séparé au fil du temps, mais c’est vraiment les premières couleurs qui m’ont animé dans le rap classique, c’est ce côté un peu dark et mélancolique.

« J’écoute toutes les nocturnes de Chopin, je m’endors presque avec ! »

Tu en écoutes à côté ?

J’en écoute même plus que du rap ! J’écoute toutes les nocturnes de Chopin, je m’endors presque avec ! En fait quand t’es beatmaker, t’écoutes presque plus de musique externe comme du jazz, de la soul, du classique, de la funk que réellement du rap. Après tu rajoutes ton beat, tu fais ta base dessus et t’as ton rendu. Mais c’est vrai que j’écoute beaucoup de classique, je trouve qu’il y a beaucoup de sentiments dans cette musique. Il n’y a pas besoin de parler pour dire des choses avec le classique.

Tu as des textes assez sombres mais il y a toujours une sorte de finesse dans l’écriture, un contraste avec beaucoup de jeux de mots, est-ce que ça te permet de faire passer plus facilement les choses assez dures que tu racontes ?

C’est exactement ça! C’est faire passer avec beaucoup d’ironie toutes les choses qui font mal. C’est ma façon de jouer avec la langue française. J’ai toujours aimé m’exprimer comme ça, je trouve que ça donne une attraction au texte. J’ai du mal à me séparer de ce truc-là, peut être même que j’en abuse, on me le dit souvent. Mais pour moi, c’est important de se casser un peu la tête sur le texte.

En parlant de tes textes, pourquoi ce thème récurrent de l’alcool ?

Je pense que chacun à son addiction, moi ça a été la mienne. J’ai arrêté de fumer très tôt parce que je ne me suis pas retrouvé dedans. L’alcool, ça faisait partie des choses qui m’aidé à voir la pendule tourner plus facilement dans les moments durs. Du coup je me suis raccroché à ça, je l’ai vu positivement à une époque et après il y a eu la descente et ensuite la période où l’on s’en sort parce qu’on s’en détache et qu’on voit surtout les conséquences. Mais oui, c’est un thème qui revient souvent, mais je suis loin d’être le seul dans ce cas. C’est une façon d’écrire comment on peut en abuser à un moment, peut-être partir en couille et se relever de tout ça en faisant un constat, à la fin.

La punchline c’est quoi pour toi ?

Je ne suis pas un grand fan de ce mot. Il ne suffit pas de faire des expressions, des jeux de mot , des comparaisons pour faire des punchlines, je pense vraiment qu’un instant d’écrit où quelqu’un te comprend ça devient une punchline, c’est comme ça que je le vois. C’est quelque chose qui te cogne et qui te fait comprendre qu’on a tous beaucoup de points communs. Pour moi c’est ça une punchline. Après c’est pas un label rouge à mettre sur un produit, c’est assez vaste. C’est très utilisé, ça a commencé déjà avec Booba il y a longtemps, Sinik en a beaucoup fait aussi. Dans le rap indépendant, il y en a énormément qui en font. Après il y en a beaucoup qui font les mêmes, le but c’est d’essayer de se détacher et de trouver la bonne.

On peut penser à Orelsan qui l’a pas mal démocratisée dernièrement ?

Lui il l’a fait d’une façon différente, assez subtile. Orelsan, je t’avoue, je n’en ai pas énormément écouté, mais je sais que quand il en balance, ça picote, il a de bons textes. Après c’est vaste, il y a beaucoup de MC qui se sont servis de ça, faut pas trop en abuser, mais ça rajoute quelque chose dans un texte de jouer avec les mots.

« Moi je pense qu’il n’y a pas de rivalité à avoir dans le rap, juste du soutien. »

Depuis quelques années, on voit arriver une nouvelle scène rap indépendante, je pense notamment à TSR Crew qui sont du 18e comme toi. Avec des gars comme ça, on va être plus dans la rivalité, la collaboration ou ni l’un ni l’autre ?

L’indépendance ça devrait être une grosse famille, le truc c’est que chaque personne est un peu dans son coin, on est pas forcément obligé de se connecter. Au final indépendance ça veut juste dire faire soi-même ce qu’on a envie par passion. Ça ne veut pas forcément dire collaborer avec tout le monde. Dans l’indé chacun fait sa petite route. Il y en a beaucoup qui arrivent à leurs fins, après ça dépend des motivations : si c’est de percer ou d’exercer sa passion simplement dans son coin. Après faut pas se voiler la face, plus on t’écoute plus t’es content, sinon on ne mettrait pas les sons sur le net, on n’essayerait pas de les faire voyager au maximum. Moi je trouve ça bien que des personnes deviennent autonomes, beatmaker, auteur, interprète dans leur coin et arrive a faire ce qu’ils veulent. Moi je pense qu’il n’y a pas de rivalité à avoir dans le rap, juste du soutien.

Ce rap indépendant quel avenir a-t-il en France ?

Il perdurera, je pense, parce qu’il y’en aura toujours. Après c’est pas forcément des MC qui perceront, ou ce sera pas forcément leur envie ! Après rap indépendant ça veut pas forcément dire faire quelque chose de bien, ou pas avoir de moyens ! Tu peux être riche et t’autoproduire chez toi. Je pense qu’il y a un bel avenir dans le rap indépendant, tant qu’il y a des gens qui veulent exercer leur passion comme ils l’entendent.

« J’ai grandi dans le 18e et le quartier est une influence principale. »

Tu peux nous parler de tes influences ?

On a cité Sinik tout à l’heure, il a sorti de gros albums et de bons projets. C’est un peu dommage qu’il ait arrêté. Après les choses ont évolué, il n’a peut-être pas voulu suivre le trajet. Il y a beaucoup d’artistes qui m’ont influencé, mais moi j’ai grandi dans le 18e et le quartier est une influence principale. C’est un quartier où il y a beaucoup de cultures différentes, tous les statuts sociaux, du très riche au très pauvre. Toi t’es au milieu de tout ça et t’as facilement moyen de faire une analyse et un constat malheureusement souvent très triste.

Et pour finir, tu vois comment ton avenir à moyen terme ?

Je suis un gars assez pessimiste donc j’ai du mal à me projeter ! J’espère que ça va évoluer, qu’on aura encore plus de dates. Pour le moment on se bat pour essayer de tourner au maximum !



Pour aller plus loin : Pour suivre Davodka aller faire un tour sur sa page page facebook ou le rappeur est très actif mais aussi sur son site officiel.


Fusée De Détresse (single


Le prochain album devrait voir le jour en 2017 si tout se passe bien. On l’attend de pied ferme.

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s