Bon Entendeur, electro chill au service de la culture française [ITW]

Lancé il y a quatre ans, le projet Bon Entendeur continue de monter et de séduire avec une patte bien particulière.

Difficile de définir Bon Entendeur : un collectif, un groupe, une marque voire un média musical à part entière ? C’est sûrement un peu de tout ça à la fois et c’est ce qui fait la particularité du projet. Le concept est en tout cas original : une mixtape par mois d’une heure ou plus, sur un thème, incarné par une personnalité liée à la culture française.


« L’Anticonformisme », Astier 


Une mixtape de Bon Entendeur s’écoute comme une pièce musicale à part entière. Les intros sont souvent chill et très posées, la pression monte peu à peu et l’on se laisse balader au rythme des montées et des descentes, guidé par le discours de la personnalité mise en avant. On est vite pris au jeu et une réelle émotion passe. Bon Entendeur peut s’écouter en musique de fond, mais s’apprécie d’autant plus avec une écoute assidue. Chaque enchaînement sonne juste, chaque voix, chaque musique est à sa place. Le tout est très cohérent et coule tout seul. Durant un peu plus d’une heure, les gars de Bon Entendeur nous prennent par la main pour nous guider dans leur univers. On y découvre artistes, personnalités, labels, musiques : tout paraît presque logique. La patte Bon Entendeur fait son effet tout de suite et ça marche.

Il se dégage autre chose de Bon Entendeur, une image, un style, à la fois moderne et old-school, très à la mode, mais qui suit ses propres codes. Une dualité qui fait l’essence du projet, lui apporte quelque chose en plus et emmènera le trio sûrement très loin. Bon Entendeur : affaire à suivre.


« La Passion », Jeanne Moreau


On a interviewé le trio en Juin dernier lors de leur passage en Touraine au festival Aucard de Tours. Rencontre avec Arnaud Bonet, Nicolas Boisseleau et Pierre Della Monica.



Déjà pour commencer, comment vous est venu ce projet ? L’idée est assez originale …

Arnaud : En fait, on avait écouté le discours de DSK sur le plateau du 20h de TF1 après ce qui s’était passé à New York. On a essayé de le mettre sur une musique et ça a bien fonctionné donc on en a fait une mixtape. Déjà à cette époque-là on faisait des playlists, des petites sélections de musique tous les mois. Ça a tout de suite pris, des gens ont commencé à nous suivre et ça a donné une autre ampleur au projet. On a décidé de poursuivre dans cette veine-là et d’en faire une tous les mois, avec des discours forts et impactants. Au départ c’était uniquement sur l’intro et au fur et à mesure du temps on s’est décidé à essayer de construire une petite histoire avec tous les discours qu’on trouvait des personnalités en question.

Vous mettez en avant la culture française, pourquoi ce choix ?

Nicolas : Il y avait une tendance, surtout il y a deux trois ans au french bashing, que tout ce qu’on pouvait faire en France ça n’allait pas, qu’on était moins bien qu’en Allemagne ou d’autres. Sans forcément se comparer, mais en tout cas, il y avait cette tendance-là. Nous, on était pas d’accord avec ça, il y a plein de belles choses en France, que ce soit culturel, artistique, littéraire ou politique. On a failli s’ouvrir sur des personnalités étrangères, mais on a décidé de garder notre postulat de départ. On s’est donc dit qu’on allait continuer à faire exclusivement du francophone jusqu’au jour où on arriverait à épuisement des personnalités. Mais ça fait quatre ans qu’on fait ça et on a encore plein d’idées.

Arnaud : On est aussi fiers de cette culture tout simplement. Plutôt que de montrer ce qui ne va pas on montre ce qui va !

« Quand on a interviewé Richard Bohringer, on s’est assis tous les trois, on l’a écouté pendant deux heures et demie et on a pris une leçon. »

Vous avez vous-même interviewé plusieurs personnalités pour les vocaux de vos mixtapes (Patrick Poivre D’Arvor, Oxmo Puccino, Richard Bohringer…) vous pouvez nous en parlez un peu ?

Nicolas : PPDA a été le premier à jouer le jeu. On a envoyé un mail pour le contacter, mais on a un peu galéré parce qu’il fallait passer par un service de presse. Au final, un jour il nous a rappelés. Il nous dit qu’il trouve le projet séduisant et intéressant et qu’il veut bien se prêter au jeu. On l’a eu dix petites minutes à Radio Classique, c’était rapide et efficace et on avait enfin notre première interview exclusive, ce qui nous a permis d’en décrocher d’autres. La personne avec qui on a passé le plus de temps et c’est peut-être la meilleure interview de toutes, c’est Richard Bohringer. C’est la première fois qu’on s’est retrouvé face à un problème qu’on n’avait jamais eu, à savoir : on avait trop de discours à disposition. On a enregistré ça en studio pour avoir une bonne captation son, on s’est assis tous les trois, on l’a écouté pendant deux heures et demie et on a pris une leçon. Quand on l’a lâché, on s’est dit « Waouh ! Qu’est-ce qui vient de se passer ? ». Maintenant on essaye d’accéder à d’autres personnalités, mais ce n’est jamais gagné.

Bon Entendeur en live comment ça se passe ? Vous êtes obligés de proposer quelque chose de différent …

Nicolas : Dans Bon Entendeur on est trois, mais dès qu’on passe en live, les gars sont derrière les platines et moi je fais office de manager. Au départ c’était des DJ-set au sens strict du terme avec des platines et en configuration back-to-back [Deux DJs jouent chacun a leur tour une musique, un sorte de ping pong]. Quand les gars ont commencé à être rodés, on a voulu proposer quelque chose de plus costaud. Avec notre tourneur Talent Boutique on est montés en gamme avec le Bon Entendeur Show qui est toujours un DJ set mais vraiment plus évolué avec des écrans lumineux qui retranscrivent des visuels, mais aussi les mots des vocaux que l’on peut injecter durant le live. C’est une proposition artistique un peu plus élaborée qu’un simple DJ set. Après, musicalement ça ne ressemble pas du tout à nos mixtapes. Comme t’as pu l’entendre, sur nos mixtapes l’ambiance est plutôt chill durant le premier quart d’heure, et ça monte peu à peu. Mais quand on débarque dans un festival à minuit on n’a pas le temps, il faut attaquer tout de suite.

Arnaud : Au final ça crée certainement une frustration chez les gens. Beaucoup s’attendent à écouter les mixtapes Bon Entendeur. En général les gens aiment le live, mais on a déjà reçu des messages de personnes qui nous disaient qu’ils n’avaient pas retrouvé l’ambiance Bon Entendeur. Mais en même temps mec, si tu mixes et que tu balances une mixtape tu vides la salle en 5 minutes !

Nicolas : Au début c’est vrai qu’on avait beaucoup de retours comme ça. Je rentre un peu dans le cliché, mais il y avait des personnes un peu âgées qui adoraient nos mixtapes et qui avaient hâte de nous voir en live. Au final ils ont débarqué dans une ambiance assez chaude avec un public relativement jeune de 18-30 ans et ils ne retrouvaient pas le côté posé des mixtapes.

« Je m’en souviens, l’une des premières dates on était au Bataclan, c’était un stress profond ! »

Ça a été une prise de risque pour vous le live ?

Arnaud : On a pas réfléchi à ça. Mais pour que ça se passe bien c’est simple, on bosse comme des malades pour être prêts parce qu’on est stressés !

Pierre : Je m’en souviens, l’une des premières dates on était au Bataclan, c’était un stress profond ! On était mal toute la journée. Une heure avant c’était difficile et on s’est dit  » Bon on y va ! ». Ça a été une des pires dates pour moi. Maintenant ça arrive plus, déjà par habitude et surtout par le travail. On a fait pas loin d’une centaine de dates, il y a des automatismes qui se créent et c’est bien normal.

Vous vous rendez compte que Bon Entendeur c’est peut- être la seule manière qu’on écoute en soirée la voix de Chirac ou du général de Gaulle qui sort des enceintes? Ça m’est arrivé et je vous promets c’est déstabilisant …

Arnaud : Ah ouais, mais ça on adore !

Nicolas : Moi je trouve ça cool. Après là tu parles des icônes, mais des fois on se risque à faire des choses plus culturelles comme Robert Badinter ou Pierre Rabhi qui sont peu connus des jeunes générations.

Pierre : On fait des Dujardin, des Reno, mais c’est cool aussi de faire des Badinter et des Rabhi, des choses un peu plus intellectuelles, plus travaillées et qui véhiculent un message plus fort.

« La légende dit que Jean Reno a dansé sur Jean Reno ! »

Justement, vous avez des retours de certaines personnalités que vous utilisez dans vos mixtapes ?

Nicolas : De temps en temps oui. Je crois que le meilleur c’était pour la mixtape de Jean Reno. On voulait absolument arriver à l’interviewer parce qu’on voue une grande admiration au monsieur. On avait essayé de le contacter et classique, on avait pris un mur par l’agence artistique. Six ou huit mois après avoir sorti la mixtape, on a été contactés par son beau frère qui est un peu plus jeune que lui et qui est tombé dessus et lui a fait écouter. A priori il aurait dansé dessus au réveillon ! La légende dit que Jean Reno a dansé sur Jean Reno. En tout cas l’intro l’aurait ému. Du coup il nous a demandé de lui envoyer un vinyle. On lui en a pressé un et il s’est pris en photo avec et il nous a envoyé ça. Quand on l’a reçu, on s’est dit que ce qu’on faisait pouvait toucher certaines personnes.



Plus d’infos

Pour suivre Bon Entendeur ça se passe sur leur site web et sur Facebook.

 

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