Burning Heads, les guitares ne cesseront jamais de hurler

Après plus de 30 ans de carrière, des disques en pagaille et des milliers de kilomètres avalés, les Burning respirent toujours le rock’n’roll.

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Difficile de résumer la route des Burning Heads. Trente piges, c’est une vie plus longue que Hendrix, Morrison ou Robert Johnson. Trente piges, c’est l’âge ou tu envisages l’éventualité de te poser. Tu peux commencer à ranger ta guitare dont la sangle commence à te lacérer le cou et tu la remplaces par un joli attaché-case. Tu arrêtes de commander des pintes de bière dégueulasse et tu passes au bon vin. En bref, tu commences à sérieusement te faire chier. Mais heureusement pas les Burning Heads, qui n’ont jamais rangé leurs guitares, laissé les potards à fond de balle et qui balancent toujours autant.

Burning Heads – Choose Your Trap, 2014

Alors, comment résumer la carrière d’un groupe qui a la moitié de la durée de vie des Rolling Stones ? On peut parler de leur formation en 1987 à Orléans, de leurs nombreuses galettes avec pas mal de collab’ et d’albums-split. Des premières parties de Noir Désir, des nombreux changements de label avant la création du leur, Opposit Prod en 2005. De la tournée Incredible Rock Machine au côté des Uncommenfromars où le groupe enchaine 50 concerts en 50 jours en 2004. De leur taf avec des pointures comme Donnell Cammeron ou Jack Endino. De leur son brutal, avec des guitares bien crades, une batterie qui martèle chaque temps et des voix hurlantes, dans la pure tradition punk-hardcore. Mais parfois plus cadré avec des schémas plus classiques et plus rock, sans compter leurs incursions dans le reggae/dub. Mais surtout, surtout du plaisir que le groupe a l’air de toujours autant prendre sur scène, en nous balançant la patate et en délivrant plus qu’une énergie communicative, mais une véritable pluie de feu et de foudre. Punk tout simplement.

On les a croisé au printemps dernier à Aucard de Tours, le petit bijou de festival que nous concocte chaque année Radio Béton et qui a … un peu plus de 30 ans, ça ne s’invente pas. Rencontre avec Thomas (batterie) et JYB (basse).



Après trente ans de carrière, des dizaines d’albums et des centaines de concerts, qu’est-ce qui vous donne encore envie de continuer ?

Thomas : C’est de la drogue mec ! T’es jeune et plutôt que d’aller faire du foot le weekend avec tes copains, tu fais de la musique. Tu commences à te bourrer la gueule, à faire n’importe quoi et puis au fur et à mesure ta musique devient un peu moins n’importe quoi, mais tu prends toujours du plaisir. Et puis bizarrement, trente ans après t’es toujours avec tes copains, tu t’éclates toujours autant et t’as pas envie d’arrêter cette drogue. Tant que l’organisme tient le coup, qu’on est capable de taper sur nos fûts et de gratter nos cordes ça va. Le jour où l’on sera complètement sénile, handicapé et un peu impotent, je pense qu’on arrêtera le punk. Mais à contrecœur !

La question est basique, mais après trente ans à tourner, on retient quoi comme souvenirs ?

Thomas : Il y a trente milliards de souvenirs, mais à chaque fois c’est le plaisir de réaliser qu’on est à l’autre bout du monde avec notre petit projet, de réaliser qu’on joue avec des groupes qu’on a aimés quand on était jeune et qui d’un seul coup deviennent proches, presque des amis. Partager des disques avec des héros de votre enfance, se faire appeler pour partir au Japon faire une tournée de soutien aux victimes du tsunami…

JYB : Faire un concert à Barcelone dans un petit bar avec des gens qu’on a rencontrés il y a vingt ans et qui sont là devant en train de chanter … c’est excellent.

Thomas : À chaque concert il y a un bon souvenir ! Et même si certaines fois le concert se passe mal, quinze jours après c’est devenu un bon souvenir et on en rigole tous. Même nos expériences un peu fâcheuses deviennent des trucs rigolos. C’est pas des souvenirs d’ancien combattant, mais il y a un truc un peu comme ça.

« On n’a pas voulu faire de la musique pour se faire plus de nanas, avoir plus de bières ou plus de fric après le concert, on a juste voulu faire de la musique parce que c’était une espèce d’aventure rock’n’roll. »

Comme ça tout de suite je pense à votre tournée avec Noir Désir … qu’est-ce que vous en gardez ?

Thomas : Bah en fait, on s’est aperçus que ces mecs- là vendaient plus que Patricia Kaas ou Vanessa Paradis et qu’ils étaient dix mille fois plus accessibles et simples. Ils avaient une puissance de feu sur scène, mais une fois qu’ils étaient descendus ils étaient tout à fait normaux et ça c’est des choses qui marquent, parce que nous aussi on pensait ça. On n’a pas voulu faire de la musique pour se faire plus de nanas, avoir plus de bières ou plus de fric après le concert, on a juste voulu faire de la musique parce que c’était une espèce d’aventure rock’n’roll et qu’on était content de partir à l’aventure. On réalise qu’il y a des gens qui sont dans le même trip que nous, qui ont atteint des sphères plus importantes et qui continuent à croire que ce rock’n’roll c’est une aventure et qu’une fois sorti de scène tu redeviens monsieur tout le monde. Donc, tout ça nous a confortés dans l’idée qu’on pouvait faire de la musique, garder les pieds sur terre, garder un contact avec le public et rester cool et simple.

Ça fait quoi d’avoir un album hommage alors que le groupe tourne toujours ? Un peu prématuré non ?

JYB : Quand j’ai vu que ça existait, j’ai pensé que c’était n’importe quoi. Et puis j’ai réfléchi deux secondes et je me suis dit que c’était débile de faire un truc quand quelqu’un est mort parce qu’il n’en a rien à foutre ! Donc, quitte à rendre hommage, autant le faire du vivant du groupe, ou de la personne. Tu dis à quelqu’un que tu l’aimes quand il est vivant, pas quand il est mort, c’est pareil.

Parlons un peu de la période mars-mai 2004, où vous enchaînez cinquante concerts en cinquante jours pour le Incredible Rock Machine. C’était quoi le projet, vous vouliez battre un record ?

Thomas : En fait, on est des sales cons et on aime bien être des sales cons ! Quand on voyait des mecs qui disaient qu’ils étaient en tournée avec cinq concerts par mois, on se disait : mais c’est pas une tournée mec, cinq concerts. Une tournée, tu montes dans le bus et à la fin du redescends et tu rentres chez toi. Donc on s’est dit : allez 50 dates, 50 jours ça claque ! Et puis c’était une sorte de défi aussi, un challenge qu’on s’est lancé à nous même. Puis comme notre tourneur avait trouvé le défi assez intéressant, il s’est attelé à ça. On a vraiment serré les fesses, mais on a quand même réussi à faire des concerts plutôt cool tous les soirs.

« Quand je voyais mes héros quand j’étais jeune, ils avaient dix fois moins de technique que les petits jeunes d’aujourd’hui ! »

Quel regard vous portez sur la scène punk en France aujourd’hui ?

Thomas : Bah, de savoir qu’il y a encore des groupes punk ça fait plaisir. De savoir qu’il y a des jeunes qui se disent qu’ils ne vont pas aller faire du foot ou aller écouter Ariana Grande, mais faire du punk rock avec leurs copains, ça fait vraiment plaisir. Voir que certains s’en sortent plutôt bien et arrivent à faire des choses dès le premier album que nous on n’aurait pas réussi à faire à l’époque, c’est cool. Comme dans tout, les jeunes générations se sont servies de l’expérience des anciennes et ont sublimé un peu le truc. Quand je voyais mes héros quand j’étais jeune, ils avaient dix fois moins de technique que les petits jeunes d’aujourd’hui. Maintenant, le niveau de la jeunesse est énorme.

On ne peut pas faire du foot et du punk en même temps ? Ne va pas dire ça aux Anglais …

Thomas : Si bien sûr ça doit être possible, mais nous le seul sport d’équipe qu’on a réussi à faire c’est un groupe de punk.

Vous avez pas mal de morceaux assez courts, qui cassent un peu avec le format 3’30, c’est un choix délibéré ou c’est venu comme ça ?

Thomas : Si tu compares ça au sport, il y a des musiques qui se prêtent mieux à des marathons, ça va être de grands morceaux psychédéliques qui jouent sur la longueur et la répétition comme dans le reggae, le dub, les musiques électroniques et même le blues. Le punk , c’est plus un 110 mètres haies. On peut aller voir un concert de punk qui dure 25 minutes et on ne sera pas frustré, parce que les mecs auront tout balancé. C’est un sprint en fait. Nous, des fois on essaye de faire un marathon au rythme d’un 110 mètres haies, mais c’est un peu chaud.

Vous êtes passés par plusieurs labels avant de créer le vôtre, Opposit Prod en 2005. Vous en aviez marre de vous balader entre les structures ou c’était un choix par conviction ?

Thomas : C’est que c’était un truc qu’on n’avait pas encore fait ! On avait fait le petit label, le gros label indépendant, la grosse major, mais on n’avait pas fait ça, se prendre en main et faire tout nous-mêmes. Et puis ça tombait à une période où personne ne voulait de nous.

JYB : Et il y a trente ans, pour avoir un disque, un petit réseau de distribution au niveau national il fallait quand même passer par un label déjà existant. Maintenant, c’est beaucoup plus facile, les réseaux sont différents, tout ça a beaucoup évolué.

Notamment au niveau du matériel qui est plus facile d’accès …

JYB : Oui c’est sûr, c’est plus facile d’enregistrer, mais en même temps c’est plus noyé dans la masse. Il y a des avantages et des inconvénients.

« Le punk et le reggae ont toujours été très liés depuis la naissance du punk. »

Vous faites du punk rock, mais vous aimez vous aventurer aussi dans le reggae/dub, ce n’est pas un peu le grand écart ?

JYB : C’est le même esprit ! On ne change pas les paroles, c’est juste la musique qui va changer derrière. Le punk et le reggae ont toujours été très liés depuis la naissance du punk. Il y a eu des collaborations entre reggae man et punk dans énormément de groupes, aux États-Unis, en Angleterre aussi avec les Clash.

Police aussi qui joue sur ce mélange …

JYB : Ouais, Police bien sûr avec Reggatta de Blanc. Tout un tas d’autres groupes un peu moins connus aussi. Mais ça a toujours été un peu lié le punk et le reggae.

Ça peut surprendre son public ?

Thomas : Les personnes qui ont une certaine culture musicale, qui ont vraiment embrassé la culture punk depuis le début ne seront jamais surprises. Stiff Little Finger a joué du reggae, les Clash aussi, Bob Marley a chanté Punky Reggae Party. Le punk et le rasta ont un truc en commun, c’est de ne pas aimer Babylone, de ne pas aimer le pouvoir en place et de vouloir proposer autre chose, plus simple, plus humain. Les rythmes sont différents, les tempos un peu plus chaloupés, mais il y a quand même un message commun. Et je ne te parle pas du tout du côté mystique et religieux que peut avoir le reggae, on n’est pas rastafari, mais on partage le même côté contestataire.



En un mot comme en cent, bravo et chapeau messieurs.

Plus d’infos

Pour suivre les Burning Heads c’est ici et pour les écouter c’est là.

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