Les Fatals Picards, un ovni de la scène rock

Un style inclassable, une écriture unique. Voilà 18 ans que le groupe se trimballe sur la scène française. Cadeau avec une interview ressortie des cartons.

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Guitare et humour, rock’n’roll et chanson : c’est la patte maison des Fatals Picards. Véritable ovni de la scène rock en France, le groupe l’arpente depuis presque 18 ans pour le plus grand plaisir de son public, toujours aussi fidèle. Lancé par Ivan Callot fin 90, le groupe va d’abord connaître un période assez instable, ponctuée par de nombreux changements de line-up et un son encore incertain. Les Fatals Picards se cherchent, mais on commence à cerner le projet et les bases sont posées. C’est en 2005 que la formation se stabilise avec un quintet fixe. Deux ans plus tard sort Pamplemousse Mécanique, leur quatrième album studio qui paraît aussi le plus abouti et va leur ouvrir des horizons inattendus.

Bernard Lavilliers – Pamplemousse Mécanique

En 2007, le groupe est sélectionné pour représenter la France à l’Eurovision. Quand leur nom sort du chapeau de France Télévision, on se demande si le café que l’on est en train de boire n’aurait pas été dosé façon irish et si cette cigarette que l’on fume en est bien une. Un bon groupe pour représenter l’hexagone au concours de la chanson ? On a besoin de se pincer pour y croire. Qu’à cela ne tienne, les Fatals Picards le feront mais à leur manière : avec humour, comme toujours. Loin de faire tâche le groupe délivre une prestation solide malgré un résultat en tout bas de tableau, prouvant une nouvelle fois, s’il en était besoin, que ce concours manque quand même un peu de goût. Cette année là, Ivan Callot quitte la formation, donnant par cet ultime changement, la forme définitive au groupe (Paul Léger : chant, Laurent Honel : guitare, Yves Giraud : Basse, Jean-Marc Sauvagnargues : batterie). Le quatuor se professionnalise d’avantage et change son orientation. Les guitares commencent à méchamment sonner, la section rythmique basse/batterie devient plus ronflante avec un son profond. Comprenez : Rock droit devant.

C’est l’Histoire d’une Meuf – Le Sens de la Gravité

Après 8 albums studio, 3 live dont un DVD, une BD, une émission de télé, un Eurovision et plus de 1300 concerts, les Fatals Picards sont devenus un incontournable de la scène rock en France, malheureusement trop souvent boudé par des médias nationaux , décidément bien frileux.

A l’occasion des fêtes, petit cadeau de Noël (en retard) avec une interview ressortie des cartons réalisée en juin 2016 grâce aux copains de Radio Active. Retour sur une longue carrière avec Jean-Marc (batterie) et Laurent (guitare) dans un gymnase de Sorigny, au sud de Tours, où il fut difficile de garder son sérieux.



Bon, Fatals on en doute pas, mais pas si Picards que ça à priori ?

Jean-Marc : C’est toi qui affirme ça, tu as des preuves de ce que tu dis ? Non sérieusement, en effet on est pas Picards, c’est un escroquerie depuis de nombreuses années, puisque Ivan qui a crée le groupe a été vaguement Picard un peu dans sa vie. Il n’est plus avec nous, mais on a gardé le nom.

Laurent : Moi qui suis Lillois, vu le redécoupage régional, la Picardie étant maintenant dans les Hauts de France, ça fait de moi un digne représentant de la cause Picarde. Nous sommes donc légitimes.

Comment c’est lancé le groupe ? J’ai entendu parler d’une sombre histoire de site internet …

Jean-Marc : En effet, Ivan avait un site internet qui s’appelait France Fun où il faisait des parodies de photos, d’articles et de groupes, dont un qui s’appelait « les Fatals Picards » et c’est parti de cette bêtise là.

Laurent : En fait, il avait d’abord le concept avant d’avoir la musique. Puis il a commencé à faire des maquettes, on s’est rencontré et on a lancé le projet.

Jean-Marc : Puis je suis arrivé et c’était plus pourri !

Laurent : Euh pas vraiment ….

Jean-Marc : C’était moins pourri ?

Laurent : Ton arrivé n’a rien changé en fait (rires). Ensuite les première maquettes issues de France Fun ont donné  Amiens , c’est aussi le tien qui est devenu  Navet Maria  le premier album, en gros.

« L’Eurovision, c’est le moment où on est passé de groupe un petit peu connu qui fait de la scène, à groupe médiatisé qui fait l’Olympia et des salles de 1000 ou 2000 personnes. »

Après presque 18 ans de carrière, un événement marquant ? On peut parler de l’Eurovision … ou pas ?

Laurent : C’est vrai que l’Eurovision a été un événement marquant même si il y en a eu d’autres comme la participation de Bernard Lavilliers au clip de la chanson éponyme. Mais l’Eurovision, c’est le moment où on est passé de groupe un petit peu connu qui fait de la scène, à groupe médiatisé qui fait l’Olympia et des salles de 1000 ou 2000 personnes. Il y a eu le revers de la médaille avec le côté trop Eurovision du groupe, mais sinon nous on a vraiment passé un cap et l’expérience été vraiment hallucinante.

Restons dans le côté médiatique, Jennifer Ayache ça vous inspire quoi ?

Laurent : De l’indifférence. C’est vrai qu’à une époque on a taclé Superbus. Ils l’ont mal pris une ou deux fois, ils sont même venus nous chercher un moment quand on faisait le Téléthon sur France 2. On s’est attaqué à ce groupe là puisqu’il représentait à l’époque l’archétype du groupe qui avait mit un point d’honneur à pas écrire de paroles.

Jean-Marc : C’est de le musique pour enfants.

Pour ados plutôt ?

Jean-Marc: Ah non, pour enfants.

Ça a le mérite d’être clair. Revenons sur les Fatals. Après autant d’années sur les routes, est-ce qu’il y a pas un ras le bol parfois de jouer certains chansons ? J’ai le souvenir d’un concert en 2011 à la Cuvée de Parassy où un partie du public réclamait la chanson La Ferme…

Laurent : En l’occurrence, la Ferme c’est un morceau qu’on a enregistré et qui dure 8 ou 10 minutes et on l’a jamais rejoué depuis ! On ne sait pas le jouer, on avait les paroles sur les pupitres, on jouait la guitare plus ou moins en live. C’est un morceau qui est drôle en tant que délire avec des potes, mais tu joues ça sur scène ça fait rire 2 minutes et c’est tout.

Jean-Marc : Après pour les vrais morceaux, c’est le syndrome  Capri c’est fini d’Hervé Vilard. Tu ne peux pas faire un concert d’Hervé Vilard sans entendre cette chanson et tu ne peux pas faire un concert des Fatals Picards sans jouer la chanson Bernard Lavilliers. C’est des chansons cultes aux yeux du public.

À la vie, à l’Armor – Fatals Picards Country (feat Les 3 Fromages)

Vous avez choisi de passer par crowdfunding pour financer votre dernier album, le Fatals Picards Country Club, pourquoi ce choix ?

Jean-Marc : D’abord parce que le premier avait très bien marché pour notre DVD. Mes camarades au départ n’étaient pas totalement convaincus, et ils ne voulaient pas faire l’aumône. Mais le crowdfunding ce n’est pas ça, c’est d’abord se libérer du joug des maisons de disques … je peux dire du joug n’est-ce pas ?

Laurent : Je suis certain que les tourangeaux sont tout à fait capables de concevoir des mots comme joug.

Jean-Marc : … donc de se libérer du joug des maisons de disques et d’être libre d’enregistrer les chansons qu’on veut dans les studios qu’on veut, de faire la promo comme on l’entend avec les attachés de presse qu’on choisit nous-même. En plus, les gens qui financent, je pense qu’ils sont pour la plupart heureux de participer à notre album . Ils donnent 15 euros, ils ont l’album en avant-première avec des contreparties en plus, donc je trouve que c’est un système très chouette. On avait fait une très belle réussite sur le DVD et encore plus sur l’album, donc on est très contents.

Laurent : On s’est aperçu au fur et à mesure que ça donnait une vraie dynamique. On une forme de responsabilité pour assurer les contreparties comme le calendrier ou les chansons bonus vis à vis des gens qui participent. Ça crée une relation un peu particulière et ça va très bien avec l’esprit des Fatals Picards.

Jean-Marc : Cette relation particulière existait déjà avant mais je trouve que le crowdfunding ça permet vraiment de la rendre vivante !

« Il y a un petit hic dans l’histoire : ces gens de l’industrie musicale ne nous permettent pas de faire entrer ce nombre dans les ventes de première semaine. Sinon on serait vraiment dans le top 10, voir le top 6 des ventes de disques en France. »

Ça vous permet aussi indirectement de savoir s’il y a beaucoup de monde qui vous suit dans votre projet ?

Jean-Marc : En effet, puisque sur le crowdfunding on a pré vendu plus de 3000 albums, ce qui est gigantesque. Par contre il y a un petit hic dans l’histoire : ces gens de l’industrie musicale ne nous permettent pas de faire entrer ce nombre dans les ventes de première semaine. Sinon avec ça plus les ventes normales, on serait vraiment dans le top 10, voir le top 6 des ventes de disques en France et ça, ça ne leur plait pas du tout puisque ça fout en l’air leur mécanisme. C’est le seul petit point noir, mais bon on s’en fout finalement de pas être dans les « charts ».

La Vie en Rock, l’émission télé des Fatals Picards, on n’en entend plus parler … qu’est devenu le projet ?

Jean-Marc : On n’en entend plus parler parce que la chaîne qui nous avait pris pour le faire, nous donnait pas les moyens techniques de la réaliser !

Laurent : Elle nous a pris pour la faire, mais elle nous a pris pour des gogos aussi. Et puis, il faut être honnête, nous, on avait pas les épaules ni la structure pour ça. On avait les idées et la volonté mais on a pas le même logiciel que les gens qui travaillent à la télé.

Jean-Marc : C’était une prise de tête monstrueuse même si c’était rigolo de le faire. On a essayé de le proposer à des chaines plus connues avec plus de moyens mais ça n’a pas marché. Il n’y a plus de musique à la télévision. Les quelques émissions de variétés qui restent disparaissent peu à peu, alors faire une émission de rock c’est même pas imaginable.

Vous aviez déjà sorti deux albums live mais vous avez sorti votre premier DVD en 2015. Qu’est-ce qui vous a motivé dans ce projet ?

Jean-Marc : On s’est aperçu d’un truc, beaucoup de gens viennent nous voir parce qu’il trouvent que les Fatals Picards c’est cool sur scène. Et beaucoup d’autres viennent nous voir aussi parce qu’on est beaux. Et donc sur un DVD ça pouvait se voir qu’on étaient beaux et bons.

Laurent : Plus sérieusement, après plus de 15 ans de carrière, c’était la première fois qu’on pouvait conserver une trace vidéo !

Jean-Marc : Les DVD musicaux ne se vendent pas en France, ça il faut bien le savoir. Donc pour faire un vrai DVD live il faut vraiment de l’argent et là grâce au financement participatif, on en a fait un qui ressemble à quelque chose. On avait un super réalisateur, des caméras partout et le son était bon. On a fait un DVD à la hauteur de ce qu’on avait envie.

Laurent : Moi, les albums live sans image ça m’intéresse pas trop. Si, c’est bien pour mettre dans sa voiture, parce que évidemment on regarde pas la télé dans sa voiture, enfin moi je le conseille. J’ai un copain qui est camionneur Polonais et il regarde Games of Thrones de Varsovie à Dunkerque sans souci, mais moi je le ferais pas.

Le Combat Ordinaire – 14.11.14

Donc Les Fatals Picards ne chantent pas en play-back ?

Laurent : Non, ça s’entend d’ailleurs, on a même rien retouché sur les lives !

Même au Téléthon, pas de play-back ?

Laurent : Non, au Téléthon la voix est pas en play-back mais pour les instruments, t’as pas le choix. A l’Eurovision c’était pareil, on était en play-back sauf la voix. Normal puisque c’est le critère de jugement.

J’aimerais revenir à un tournant du groupe avec le départ de Ivan Callot en 2007, fondateur des Fatals Picards. Comment ça c’est passé ?

Laurent : Avec Ivan il y avait des divergences sur la ligne générale. Nous, on voulait aller vers ce qu’on est maintenant, à savoir plus de professionnalisation. Quand il est parti, on a pris un éclairagiste et on a sorti les amplis.

On sent un côté plus rock à partir de l’album le sens de la gravité où les guitares se font beaucoup plus présentes …

Laurent : Oui, plus rock et même aussi dans l’écriture avec des textes plus engagés comme Le Combat Ordinaire , Canal St Martin ou Chinese Democracy.

Jean-Marc: Ivan avait envie que les Fatals Picards ça reste foutraque, un peu punk gentil. Pour résumer, Ivan, sur la fiche technique, il disait de mettre les voix en avant et de moins s’occuper de la musique…en gros. Nous on s’est dit qu’il fallait travailler tout au même niveau et surtout que ça sonne.

Laurent : C’était des divergences d’opinions mais il y a pas de problème entre nous en tout cas. La preuve, c’est sa compagne qui dirige Adone, notre label.

« Je le ferais jamais, mais si je dois écrire un bouquin sur Renaud, je ferais une histoire de France à travers ses chansons. »

Laurent, tu as parlé des textes, on sent une influence de Renaud là dedans, je me trompe pas ?

Laurent : Ah carrément. Moi, mon premier album c’était Renaud à l’Olympia en 82. C’était un hasard, j’avais 10 ans, on m’a filé la cassette, j’ai écouté  Où est-ce que j’ai mis mon flingue et ça a été un des éléments les plus fondateurs de ma vie intellectuelle. Renaud, je lui dois énormément.

Jean-Marc : Il t’a prêté des sous ?

Laurent : (rires) … je lui dois énormément sur le plan intellectuel ! A plein de niveaux, pour plein de références, il m’a fait découvrir des auteurs, des chanteurs, une manière de penser, pleins d’événements politiques que je connaissais pas. Je le ferais jamais, mais si je dois écrire un bouquin sur Renaud, je ferais une histoire de France à travers ses chansons parce qu’il y a tellement de références, comme les émeutes à Longwy au moment de la fermeture des bassins de mines de fer ou plein d’autres choses que j’ai apprises grâce à lui.



Continuez de nous faire rire et merci pour tout messieurs. Longue vie rock.

Pour suivre Les Fatals Picards ça se passe sur le site et sur leur facebook.

 

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