Rencontre avec Olivier Tassaert, alias Elefent

Un mois après la sortie de Burials, son premier EP, nous avons rencontré Olivier Tassaert, pour un tête-à-tête à domicile.

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Comment tu est venu à faire de la musique et pourquoi la guitare Weissenborn ?

Il y a eu plusieurs déclics. L’un d’eux est venu quand j’avais 16 ans au lycée. Je découvre à peu près en même temps Ben Harper et John Butler, de manière complètement aléatoire. J’étais à Auchan, il y avait des CD en libre écoute. J’ai pris John Butler, j’ai appuyé sur play, j’ai écouté 5 secondes et je l’ai l’acheté tout de suite, sans réfléchir, tellement le son de la guitare était incroyable. A force d’écouter, je me suis rendu compte que cette guitare je la retrouvais aussi dans Ben Harper et j’ai compris finalement que c’était une Weissenborn. Du coup j’ai retourné ma guitare et j’ai commencé à slider avec un briquet, sous le pont Wilson avec des potes. Et là je me suis dis qu’il y avait un truc à faire. J’ai un peu bidouillé ma gratte pour pouvoir jouer comme ça de manière plus confort. J’en ai joué pendant quelques années dans ma chambre, en regardant des vidéos youtube au ralenti pour comprendre comment jouer. C’est comme ça qu’est venu le déclic Weissenborn.

« J’avais une espèce de tension permanente entre le travail et la musique. »

Quand as-tu commencé à travailler sur le projet Elefent ?

Je l’ai lancé en 2014, en revenant d’un voyage en Australie mais de manière complètement amateur. J’avais pas du tout dans l’idée d’en faire quelque chose. J’enregistrais mes morceaux tout seul dans mon coin, mais vraiment juste pour le plaisir. A cette époque je terminais mes études et je commençais mes premiers boulots. J’avais une espèce de tension permanente entre le travail et la musique, ce qui m’empêchait d’être vraiment dans l’un ou l’autre. Petit à petit j’ai commencé à comprendre, pour des raisons de ressenti personnel, que le domaine dans lequel j’étais ne me plaisait pas. Puis Clément, un vieil ami, aujourd’hui bassiste dans Elefent, m’a dit un jour qu’il trouvait mon projet bien abouti et il m’a présenté des musiciens. A la fin d’un CDD de 6 mois chez Michelin je me suis dis que c’était fini pour moi ce truc-là et je me suis vraiment lancé. C’était en mars 2016.

À lire : Elefent, aux racines du blues.

Comment tu as travaillé sur la production de Burials ?

J’ai fait tout les enregistrements tout seul, avec un seul micro, en piste par piste. J’ai commencé par toutes les guitares. Ensuite j’ai enregistré quelques sons de batterie que j’ai disposé sur cubase pour créer une batterie électronique, mais avec des sons organiques. Après j’ai fait les voix, des claps et des sons d’ambiance et à la fin Clément est venu enregistrer les basses. Pour le mixage on a travaillé ça ensemble avec Alain Lesparat et ODN s’est occupé du mastering. Avec le recul, la seule « erreur » que j’ai faite, c’est d’utiliser un micro plutôt médiocre. Mais après l’avoir fait écouter à plusieurs ingé sons qui ont été plutôt bluffés par le son que j’ai réussi à en tirer, je suis content du résultat final.

« Quand je compose, je suis souvent en train d’écouter un morceau, de regarder un film ou de lire un article. »

Comment se passe la phase de composition chez Elefent ?

Je décide de me laisser porter. Quand je compose, je suis souvent en train d’écouter un morceau, de regarder un film ou de lire un article, un truc qui me touche et qui me stimule. Et de là va naître une idée, une inspiration et l’envie de jouer. Je préfère me laisser imprégner de plein de choses sur le long terme. Après je vois la limite de ça aussi. Des fois je suis forcément moins productif et je pense qu’il faudrait que je me fasse des sessions où je me force un peu pour déclencher le truc, sortir un peu de mes automatismes et chercher des choses nouvelles.

Sundown – Burials

Quand tu es en live, tu joues avec deux formules différente : en solo ou en quartet. C’est une volonté de ta part de proposer deux versions de Elefent, ou c’est simplement pour une raison plus pratique ?

C’est plus facile de trouver des dates en solo, mais je kiffe vraiment les deux formules et je le vis totalement différemment. En solo, je joue dans des lieux plus intimistes, je peux compter le nombre de personnes, échanger avec eux pendant le concert et leur raconter des histoires. C’est très acoustique, très simple et très épuré. En quartet il y a plus de monde, c’est beaucoup plus puissant. Ça devient vraiment deux spectacles différents. En terme de concert, dans l’idéal je préférerais 50/50 mais pour l’instant je vends plus facilement la formule solo.

On sent un côté très sombre et fort dans ta manière de déclamer les textes, quels sont les thèmes que tu abordes dans tes chansons ?

En fait, c’est des thèmes différents que j’ai tous liés avec cet EP. D’ailleurs j’avais d’autres morceaux mais j’ai pris ceux qui étaient vraiment liés par les textes plus que par la musique. Dans Burials, je parle de choses, de gens que j’ai dû abandonner et en faire le deuil, de pleins de trucs différents en fait. C’est très personnel bien sûr, mais j’ai pas l’intention de parler de moi tout le temps à l’avenir. Après c’est un choix artistique et c’est ce que j’aime dans la musique. J’écoute pas des trucs qui sont festifs, ça me parle pas. Je préfère les types torturés (rires) ! La musique qui parle de choses un peu profondes et un peu dures. C’est vraiment qu’une question de ressenti, ça a pas plus de valeur mais c’est comme ça que je le vis.

Tu as des influences très marquées dans le blues traditionnel, quelle est ta vision de cette musique qui a l’air maintenant un peu bloquée dans une sorte de blues précis, très cliché et assez loin de ses origines ?

Il y a eu une sorte de dérive dans les années 70/80 où ils se sont mis à faire des grilles très structurées, avec des choses harmoniquement très cliché et très redondantes qui me gave, moi j’écoute pas du tout ça. Les textes sont des espèces de plagiat de ce que pouvaient être, à une époque, des textes issus d’une vrai souffrance.

« Quand tu écoutes les anciens du blues, ils s’en foutent. Ils jouent comme ils veulent, le tempo change tout le temps, il y a des fausses notes et au final ils donnent juste leurs tripes ! »

C’est une volonté de ta part de nous proposer un blues un peu oublié, la partie immergée de l’iceberg en quelque sorte, pour la mettre en avant ?

Entre autre ouais. Tu vois, hier j’écouté Skip James, un gars très connu dans le vieux blues. Tu écoutes les structures de ses morceaux, c’est simple : il y en a aucune ! Il fait ce qu’il veut, il est pas du tout bloqué dans des schémas. Quand tu écoutes les anciens du blues, ils s’en foutent. Ils jouent comme ils veulent, le tempo change tout le temps, il y a des fausses notes et au final ils donnent juste leurs tripes ! Je ne fais pas juste du blues, mais effectivement il y a une petite part de ma musique qui vient de là.

Avec Elefent, tu arrives à sortir des frontières du département pour aller faire des concerts ?

Jusqu’à présent j’étais un peu bloqué dans le 37. Là, je commence à réussir à atteindre tout les départements limitrophes, donc je vois une évolution. Mais pour l’instant je n’arrive pas à aller plus loin. Après je t’avoue, je me suis pas trop confronté au problème et je l’ai joué un peu pragmatique : moins je fais de route, moins ça me coûte cher. Mais je suis déjà content de pouvoir jouer dans toute la région. J’espère pouvoir aller jouer plus loin, mais pour ça je pense qu’il faut une structure qui t’accompagne et qui t’aide.

Pour finir, quels sont tes projets futurs ?

Là, je prépare un spectacle solo qui sera un peu différent. L’idée c’est de faire des reprises de morceaux traditionnels, accompagnés d’une conférence, une sorte de présentation de l’histoire de la musique. J’aimerais que ça prenne une forme un peu particulière, un peu comme un Elefent bis, une petite parenthèse pendant un temps, mais qui m’empêche pas de faire avancer le projet tel qu’il est aujourd’hui. Avec j’imagine un CD à la clé, autour de ce nouveau spectacle. C’est encore en construction donc je peux pas t’en dire plus pour l’instant.



Plus d’infos 

Retrouvez la chronique de Burials ici.

Pour suivre Elefent : Facebook / Bandcamp / Site web.

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