Les Sheriff : « Je pensais que les gens nous auraient oubliés »

Nous avons croisé la route de Olivier Téna, chanteur des Sheriff, groupe pionnier de la scène punk-rock en France dans les années 80. Rencontre à la chaleur des guitares.

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Les Sheriff, on ne les présente plus depuis un bail. Pionniers de la scène punk-rock en France et référence pour un paquet de groupes encore aujourd’hui, les montpelliérains ont largement baladé leurs basques sur les scènes de France et de Navarre et même d’ailleurs. Avec des morceaux qui tracent à faire chialer le TGV en personne, un son brut, direct et des textes simples, francs et entêtants, le groupe a laissé son empreinte dans les annales de la scène rock française, dépassant les simples frontières du punk. Mais subitement, le groupe s’est arrêté en 99, en pleine tournée italienne, après une quinzaine d’années à péter les oreilles de qui voulait bien les écouter, et ils étaient un paquet, les cons. On les comprend.

Réunis treize ans plus tard au Parc de Grammont à Montpellier, ce qui devait n’être qu’un coup d’un soir s’est transformé en mariage longue durée face à l’engouement d’un public qui ne les avait pas oubliés malgré les années. Leur passage en juin dernier à Clisson, dans une warzone blindée au Hellfest, parle de lui-même : les Sheriff sont à part dans le paysage musical français et touchent bien sûr les fans de la première heure mais aussi les nouvelles générations. C’est ce qui s’appelle s’inscrire dans la durée

Nous avons eu l’occasion de croiser la route de Olivier Téna, chanteur du groupe depuis leurs débuts. Rencontre, à la chaleur des guitares.



Les Shériff se sont arrêtés pendant plus de 13 ans. Qu’est ce qui vous a poussé à revenir ?

C’est juste le live de 2012 à Montpellier. C’était un concert d’adieu et de retour en même temps, comme on en n’avait jamais fait à l’époque. Comme les mecs nous ont tannés, on a décidé de le faire mais avec tous les anciens membres du groupe, les techniciens etc… C’était tellement énorme qu’on s’est dit qu’il fallait qu’on rejoue. Si on avait pas fait ce concert, on serait jamais revenu !

C’est un simple hasard, du coup ?

Pour te dire, pratiquement tous les ans, à la fin de l’année, on se demande si on continue. La première année on a fait sept concerts, la deuxième douze, maintenant on en fait une vingtaine … tant qu’on s’éclate, on continue mais vraiment tranquille, un concert par mois à tout péter, peut-être deux des fois, mais tranquille.

« J’ai adoré cette vie-là, c’était le panard total ! »

Vous avec donc laissez le « professionnel » de côté pour vous concentrer sur le plaisir ?

Ouais c’est ça, c’est pas comme quand c’est ton métier, tu y es tout le temps, que tu sois malade ou que t’aies pas envie d’être là, tu es obligé, les gens ont payé et tu dois assurer et c’est normal. Mais attention : j’ai adoré cette vie-là, c’était le panard total. Maintenant, c’est tranquille, on le fait seulement quand on a vraiment envie et avec grand plaisir. On veut garder uniquement le côté positif.

Ce retour après tant d’années d’absence, ça vous a fait peur ?

Ah oui oui oui ! Moi je ne voulais pas revenir, les autres m’ont tanné pendant longtemps, parce que moi j’y croyais pas. Je faisais autre chose et je pensais que les gens nous auraient oubliés. Ils m’ont emmené voir un groupe allemand qui faisait que des reprises des Sheriff. Ils m’ont dit qu’on auraient 5000 personnes, que les gens se souviendraient de nous. Moi, je me disais qu’ils disaient des conneries, qu’on ferait max 800 personnes au Rockstore [salle de concert emblématique à Montpellier]. Puis quand j’ai vu les réservations du concert, celui dont je te parlais tout à l’heure, j’ai compris. Au final on a joué devant quasiment 7000 personnes, donc je m’étais trompé (rire).

« J’ai vu quelques jeunes avec qui on a joué quand on a fait des festivals, les gamins putain … nous à l’époque, on étaient minables par rapport à eux ! »

Quel regard tu portes sur la scène punk en France actuellement ?

Franchement je connais pas trop, à part Tagada Jones mais pour vous c’est pas des jeunes ! Je suis plus tellement ce qui se passe, à part les groupes que je vois en concert . Sinon dans ma campagne j’entends absolument parler de rien, donc franchement je connais vraiment pas. Mais les rares que j’ai entendu, c’est vrai qu’ils sont super bons. J’ai vu quelques jeunes avec qui on a joué quand on a fait des festivals, les gamins putain … Nous à l’époque, on étaient minables par rapport à eux ! Les mecs, ils sont déjà techniquement très bons, scéniquement c’est pareil, ils ont le matos, ils savent déjà tout faire, ils ont dix ans d’avance ! Nous, il a fallu qu’on apprenne pendant dix piges, sur scène à en chier … les mecs maintenant, c’est du top niveau, ça ne rigole pas.

À Lire : Burning Heads, les guitares ne cesseront jamais de hurler.

Vous jouez exclusivement des anciens morceaux des Sheriff en concert. Vous n’avez pas l’envie de composer et de retourner en studio ?

Franchement … non. Déjà on répète jamais, on a des vies chacun de notre côté et les concerts prennent déjà assez de temps, on doit répéter deux fois dans l’année … donc c’est très dur de faire des compositions. Et puis si on sortait un disque, il faudrait vraiment que ce soit de la tuerie, tu vois ce que je veux dire ? On peut pas faire un énième album des Sheriff, ça n’a aucun intérêt. Puis, je suis pas sûr que j’arriverais à faire des textes vraiment intéressants. Je suis plus jeune donc je suis pas sûr que je toucherai un public jeune. Ma vie, c’est plus celle que j’avais avant, c’est plus les histoires de fêtes, de nanas et tout … maintenant ça fait trente ans que je suis casé, j’ai ma baraque, j’ai pas bu depuis quinze ans … je pense pas que je pourrais leur dire quelque chose d’intéressant.

« Moi je suis un casanier, je suis un peu sauvage et partir avec beaucoup de gens que je connais pas, ça me tente pas trop … »

Pour conclure, dis-moi… tu n’aurais pas le profil pour rejoindre le Bal des Enragés ?

Ils arrêtent pas de me le proposer ! Moi je suis un casanier, je suis un peu sauvage et partir avec beaucoup de gens que je connais pas, ça me tente pas trop … disons que les Sheriff me suffisent. Mais peut-être que je le ferais sur une date ou un truc comme ça. Là, ils font une reprise d’OTH sur une nouvelle compil’ et ils m’ont demandé de faire le chant, ils m’ont envoyé les bandes pour que je chante dessus, ils arrêtent pas de me tanner (rires) !



Interview réalisée avec les copains David Marion et Alain Rohou. Merci les potes !

Plus d’infos

Retrouvez les Sheriff sur scène !

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Pour suivre le groupe : Facebook / Site Web.

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